Ali est afghan...

Ali est Afghan et n’a que 11 ans. Il a quitté, seul, son pays d’origine, laissant père, mère, frères, sœurs, amis derrière lui, avec pour unique objectif de rejoindre l’Europe et plus particulièrement ce pays sur lequel tant d’hommes, de femmes et de jeunes projettent leur espoir d’une vie meilleure, ou, du moins, où il ne la risque pas à chaque instant : l’Angleterre !

Ali est parti à la conquête de cet avenir, n’embarquant avec lui que le numéro de téléphone de la famille, noté sur un petit bout de carton, de la monnaie ainsi que son magnifique sourire et son regard déterminé. Ali s’amuse avec peu de chose et s’émerveille devant des images télévisées de paysages ou d’animaux. Une moindre étiquette en forme de clé retrouvée à terre, ensevelie dans la boue, le fait s’imaginer au volant d’une moto. Un gant en caoutchouc devient un ballon à gonfler avant de le disposer sous sa couche de pull le protégeant du froid. Le terrain vaste de la « jungle » devient un terrain de foot ou de cricket. Autant de comportements qui pourraient surprendre si nous ne savions pas qu’Ali n’a que 11 ans !

En 3 mois et après avoir traversé l’Afghanistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie, Ali arrive en France où, depuis maintenant plusieurs semaines, il tente le passage vers l’Angleterre en se cachant dans les camions avec d’autres compagnons, camarades de voyage. Du haut de son 1m40, cet enfant, ou ne devrait-on pas dire ce petit homme vu les responsabilités pesant sur ses épaules, a connu des sentiments divers et variés, liés à des expériences d’exil plus ou moins positives : la tristesse de quitter sa famille et ses amis ainsi que du souvenir de sa vie d’enfant dans son pays et des moments vécus ; l’espoir et le soulagement de franchir une étape supplémentaire dans son parcours d’exil, l’angoisse de la solitude dans un endroit inconnu où il faut se rendre d’un point à un autre, le plaisir lié à des jeux d’enfants et à la taquinerie, la joie de discuter quelques minutes avec sa famille par téléphone, mais également la douleur, au-delà de la tristesse nostal gique, la douleur physique liée à d’éventuels comportements violents non seulement de la part d’individus rencontrés pendant son trajet, mais aussi émanant d’agents de Police.

Il nous a raconté sa dernière mésaventure, lors d’une énième intervention de la Police sur un camp de réfugiés du Nord de la France. Alors que l’ensemble des personnes présentes sur le camp s’enfuit en courant, les policiers se dirigent directement vers un abri de fortune dans lequel se trouvent 2 mineurs de 14 ans qu’ils arrêtent sur le champ. Ayant également la connaissance de la présence d’Ali sur le camp, les agents se mettent à sa recherche.

Ali nous dira s’être caché sous une petite table –impossible donc de ne pas le voir- espérant amuser ses amis de voyage mais également les agents de police. Afin de le faire sortir de sa « cachette », un des agents ne trouve pas d’autres moyens que de le violenter par des coups de pieds dans le ventre. Face à la douleur, Ali ne tarde pas à sortir. En quoi l’attitude de cet enfant à ce moment dégageait de l’agressivité nécessitant une « arrestation musclée » ? On est en droit de se le demander. Il est alors arrêté et amené à une cinquantaine de kilomètres. Il reviendra le soir même par ses propres moyens sur le camp.

Le lendemain, Ali nous a raconté l’épisode en mimant sa cachette sous la table, les coups de pieds et sa douleur au côté droit, là où ont étés portés les coups de pied. Il nous a alors expliqué s’être fait opéré au Pakistan quelques temps auparavant et a soulevé son t-shirt, laissant apparaître une cicatrice d’une dizaine de centimètres de longueur. Cette cicatrice se trouvait exactement à l’endroit où les coups de pied avaient été donnés...

En France, et plus largement dans l’ensemble des pays européens, les enfants, quelle que soit leur situation administrative, bénéficient de la protection, de droit et de faits, grâce à la convention des droits de l’enfant. De nombreux dispositifs liés à la protection de l’enfance existent afin d’extraire d’éventuels enfants de situations de violences (psychologiques, physiques…) Mais, pour exceptionnelle que soit une telle situation, du moins on l’espère, qu’en est-il quand des agents de Police en sont à l’origine ?

N.B. France Terre d’Asile a une mission particulière de soutien visant les Mineurs Isolés Etrangers. En particulier ils visitent régulièrement les différents campements ou « jungles ». On peut joindre son coordinateur au 67 rue des quatre coins, 62100, Calais. Tél : 06 01 13 03 87. Cette association est en relation régulière avec le collectif migrants.

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