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Alerte au logement !

les personnes pauvres sont les premières victimes du logement en crise

L’association « expressions » a consacré, il y a quelques jours, l’une de ses soirées aux questions du logement. Elle avait demandé à Thérèse Caulier, présidente du Carrefour des solidarités et ancienne professionnelle de la question, d’intervenir sur le logement des personnes en difficultés. Voici de larges extraits de son intervention.

1954 – 2006 La situation a-t-elle vraiment changé ?

La crise du logement n’est pas une nouveauté en France. Beaucoup se souviennent de l’hiver 1954 et de l’appel de l’abbé Pierre alors qu’un enfant avait été mordu par un rat dans un taudis. A l’époque, régulièrement, des personnes sans domicile mourraient de froid dans la rue.

En 2005, les gens vivent et meurent encore dans la rue ; des hommes mais des femmes aussi avec des enfants.

Entre ces deux dates, beaucoup d’efforts ont été faits. La construction de logements a progressé tant en quantité qu’en qualité, dans le domaine social comme dans le domaine privé. Cet effort de construction a trouvé son point culminant dans les années 1970.

Mais, aujourd’hui, de nouveaux éléments de crise réapparaissent. La question du logement devient la préoccupation de presque toutes les familles. Le logement est cher, les aides au logement ne suivent pas les ressources des familles. Le foncier se fait rare.

Dans un monde générant précarité et insécurité, le logement aurait dû garantir stabilité, sécurité, bien être, identité. Le manque de logements contribue à générer l’exclusion, aggrave les inégalités et les difficultés sociales.

Une situation qui se dégrade à très grande vitesse

La dégradation de la situation sociale de bon nombre de concitoyens s’accélère, l’écart entre loyers et salaires s’accentue et fait monter la pression sur la demande de logement à caractère social. De ce fait, les familles les plus démunies se retrouvent encore plus éloignées de l’accès à un logement social.

Parmi ces personnes, citons les salariés en CDD, en emploi intérimaire, en formation, les femmes seules avec ou sans enfants, y compris avec un salaire, les sortants de structures d’hébergement et d’accueil d’urgence, les étudiants, les jeunes, les populations immigrées ou d’ethnies différentes, les gens de la rue.

Parmi les gens démunis, nombreux sont ceux qui ont obtenu un logement depuis plusieurs années. Bien souvent, leurs logements ne sont plus adaptés à la composition de la famille (ils sont ou trop grands du fait du départ des enfants ou trop petits à cause des cohabitations). Pourtant ils sont assignés à résidence dans des quartiers en périphérie, quartiers situés bien souvent à l’ouest de l’agglomération. S’ils ont fait une demande de relogement, celle-ci n’aboutit pas.

Mixité sociale ?

Tous ceux qui présentent une faiblesse se retrouvent regroupés dans les mêmes lieux. Leurs problématiques sont semblables. Ces personnes n’ont bien souvent plus travaillé depuis de nombreuses années et pour certaines d’entre elles, elles n’ont jamais travaillé. Du fait du manque de ressources, essentiellement composées de minimas sociaux, elles éprouvent des difficultés à payer les charges relatives au logement : loyer, eau, énergie. Lorsque la famille a payé ses charges de logement, elle ne peut plus s’alimenter. 68% des personnes inscrites à l’aide alimentaire auprès des associations habitent ces quartiers. C’est ce que nous relevons dans les statistiques du Carrefour des solidarités.

La mixité sociale préconisée par le ministre du logement me semble cependant bien difficile à réaliser. Elle doit faire l’objet d’un engagement et d’une volonté forte de tous. Elle ne peut se décréter par une loi, une obligation de faire. Elle se construit dans la relation, la connaissance de l’autre. J’ai le souvenir du tollé général, lors de l’annonce de la mise en place d’une résidence sociale dans un quartier de l’Est de Dunkerque.

Le recours au privé ?

Devant l’impossibilité d’avoir accès à un logement social ou parce que certaines familles ont éprouvé des difficultés à s’y maintenir, le recours à un bailleur privé reste une solution. Si certains de ces bailleurs louent des logements corrects, d’autres tirent profit de logements à la limite de la décence. Les bailleurs privés exigent un travail en CDI et des fiches de paie correspondant à 3 fois le montant du loyer. Devant cette difficulté, les plus démunis se retrouvent forcément dans des logements de moins bonne qualité voire dégradés.

L’hébergement d’urgence ?

L’hébergement d’urgence peut être aussi un palliatif au manque de logements. Ces lieux d’accueil sont indispensables pour les personnes, hommes, femmes avec ou sans enfant, jeunes mais encore faut-il prévoir des sorties possibles vers un logement autonome.

J’ai rencontré un directeur de structure d’hébergement qui constate que l’offre de logements sociaux diminue. De ce fait les bailleurs sociaux sont assez frileux et exigeant vis à vis du public à loger. Ces bailleurs sociaux évoquent pour justifier leur positionnement : la composition familiale ; l’équilibre de population dans un escalier, dans un immeuble ; la méfiance et la médisance par rapport aux personnes d’ethnie différente ; la monoparentalité également est mal vécue. Il y a aussi la faiblesse des ressources et à cela s’ajoute parfois le comportement des familles. Les personnes en attente de régularisation de papiers sont hébergées en centre d’urgence, celui ci ayant pour mission d’héberger et de protéger. Les sorties de cet accueil sont pratiquement insolubles du fait de leur situation. En 2004, sur 48 familles suivies en accompagnement à la sortie des structures d’hébergement (CHRS urgence) 17 ont obtenu un logement chez un bailleur social, 13 ont été relogées par le PACT, et 18 dans le privé. Les associations gérantes des CHRS des accueils d’urgence doivent usées de diplomatie avec les bailleurs de toutes natures. C’est un travail important de négociation et de médiation qui est engagé. Les professionnels constatent pour toutes les familles un allongement des durées de séjour, dû c’est certain, au manque de logements mais aussi au peu de motivation des personnes de quitter ces lieux d’accueil. Les personnes y sont entourées, accompagnées. Leur passé chaotique leur fait craindre de se retrouver seule devant les difficultés multiples auxquelles elles seront confrontées.

D’autre part, les familles ayant bénéficiées d’un parcours d’insertion par le logement : urgence, logement passerelle, logement géré par le PACT, retrouvent les mêmes difficultés que les sortants d’accueil d’urgence. Elles sont aussi assignées à résidence dans ces logements de transition.

La galère de la rue

Les personnes dans la galère, à la rue depuis de nombreuses années, souvent victimes d’accident de la vie, perte d’emploi, séparation, ont parfois fréquenté les accueils d’urgence mais elles ne souhaitent plus les intégrer donnant de bonnes raisons pour justifier de leurs décisions. La désocialisation de ces personnes est telle que lorsque les associations arrivent à les reloger, elles ne s’habituent pas à vivre enfermées entre 4 murs et réintègrent la rue où il y a l’espace...

Elles vivent dans des squats ou sous des tentes de camping même si elles ont la possibilité d’être accueillies en période hivernale dans un local grand froid qui ferme, sauf cette année, suivant les caprices du thermomètre.

Les maisons relais, plusieurs projets sont portés par les associations depuis de nombreuses années, seraient une alternative à leurs besoins de se loger dignement.

D’autres ménages ou personnes dans la difficulté font le choix ou sont contraintes de louer une caravane, mobil home sur des terrains de camping ouverts à l’année là aussi les conditions de logement et les charges sont élevées et dépendent du propriétaire du terrain.

L’accession sociale - Une fausse bonne idée

Dans la loi de cohésion sociale, l’accession à la propriété est préconisée comme un accès au logement autonome. Il est certain que la solution est alléchante, le taux des prêts sont peu élevés. Mais les durées de prêt laissent craindre pour l’avenir (chôma ge, enfants majeurs quittant le domicile…) et peuvent mettre les familles en difficulté. D’autre part, avoir un logement à soi encourage la famille a contracté d’autres prêts pour l’aménagement ce qui risquent de la mener dans un surendettement.

Pour un véritable droit au logement

Le droit au logement se justifie pleinement parce qu’il s’agit d’un besoin humain fondamental. Il doit donc rester la priorité de tous. Il faut s’y engager tous progressivement et résolument notamment pour les familles avec enfants et pour les citoyens les plus démunis.

L’obligation faite aux communes des 20 % de logement sociaux devrait être complétée de solutions multiples et diversifiées, adaptées à tous types de population notamment les plus démunis, hébergement, résidences sociales, maisons relais et autres lieux d’insertion par le logement… Eviter le basculement de la situation des personnes fragilisées en particulier celles qui sont en voie d’expulsion sans prévision de relogement. La garantie du maintien dans les lieux comme le prévoit la couverture logement universelle peut y concourir.

Mais indépendamment de cela, la précarité croissante, les accidents de parcours peuvent survenir dans un monde difficile pour beaucoup, et représente un risque de difficultés sociales auxquelles il faudra faire face pour éviter la désocialisation et l’exclusion définitive des publics fragilisés.

Accéder à un logement pour les personnes sans emploi stable relève du parcours du combattant.

Dans un monde où l’on demande à chacun d’évoluer, de s’adapter, où l’emploi est moins assuré que par le passé, avoir un logement stable, pouvoir rester chez soi est essentiel et constitue un progrès relativement facile à réaliser.

Aujourd’hui en France

- 150 000 personnes sans domicile fixe

- 809 000 personnes privées de domicile personnel (hôtel, squat, meublé, centre d’accueil pour demandeurs d’asile, centre d’hébergement et de réinsertion sociale, cabane, tente de camping…) certaines de ces personnes sont salariées

- les structures d’hébergement sont saturées (pas de sortie, de fluidité)

- 2 187 000 logements indécents : sans eau, sans électricité, sans chauffage

- plus de 5 670 000 personnes sont prêtes à basculer (impayés de loyer)

- 715 000 personnes risquent l’expulsion

- d’innombrables situations de surpeuplement, d’hébergement chez les tiers

- près de ç millions de personnes en France connaissent d’importantes difficultés de logement.

(statistiques citées par la Fondation de l’Abbé Pierre lors de la réunion du groupe Alerte, le 7 février 2005)

Aujourd’hui à Dunkerque

Ce jeune, en demande récente de logement, travaille en CDI. Sa compagne est étudiante. Une société de bailleur social lui propose un choix… entre 2 appartements.

Un homme seul. Il vit dans un accueil de nuit. Il est en formation à l’AFPA. Sa demande de logement a été faite depuis plusieurs mois. Il n’obtient aucune réponse des bailleurs sociaux.

Un couple avec 4 enfants vit dans un F2. Monsieur a un emploi intérimaire régulier. La demande de logement social n’aboutit pas. Madame est très déprimée et vit très mal dans ce logement bien trop petit….

Etc.

(Voir aussi d’autres témoignages dans les « cahiers de témoignages et de doléances » édités par le Carrefour des solidarités. Sur une quarantaine de témoignages, près de la moitié portait sur les difficultés liées au logement.)

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