Accueillir, c’est éteindre la honte

Ne plus avoir les ressources nécessaires pour vivre soi-même et assurer le minimum vital à ceux qui vous entourent, c’est le lot de ceux et celles qui viennent s’inscrire à l’aide alimentaire régulière auprès des associations. Pour la plupart d’entre eux, le sentiment qui les domine alors, c’est la honte. A tel point qu’ils ont tendance à ne pas tout dire de leur situation et ne veulent pas que ça se sache. Le rôle primordial de nos associations et de leurs bénévoles n’est-il pas alors d’éteindre avec eux progressivement cette honte avant même de les aider à survivre ?

Qui accepte volontiers de ne plus dépendre de soi-même, de sa capacité de travail pour s’assurer des ressources nécessaires à sa survie ? Personne. Nous avons tous appris, depuis notre plus tendre enfance que devenir homme ou femme, c’est construire sa propre autonomie. C’est bien pourquoi, lorsque pour différentes raisons quelqu’un perd cette capacité, il a le sentiment d’avoir perdu sa propre dignité. Et tout ce qui va lui rappeler ce nouvel état de dépendance sera pour lui ou pour elle l’occasion de nouvelles souffrances. Et de cette souffrance, on n’en parle pas. Cela ne ferait qu’en redoubler l’intensité.

« Dans l’atelier qu’organise mon association », nous disait encore récemment une responsable d’association, « il y a des personnes qui ont des ressources, d’autres qui sont dans la peine pour manger tous les jours. Aucune de ces dernières n’acceptera, dans un premier temps, d’en parler dans le groupe. C’est pourquoi je m’arrange pour les rencontrer seule à seule. Et quand la confiance s’est établie, je peux leur proposer notre aide. »

Car le seul remède pour éteindre la honte, c’est la confiance. Cette confiance qui permet de reconnaître qu’il n’est pas indigne de demander de l’aide. Cette confiance qui permet d’accepter le don parce qu’il est construit sur un échange. Tout ceci demande du temps alors que survivre est un problème immédiat.

Pourquoi certains demandeurs d’aide alimentaire préfèrent ne plus entrer en contact avec telle ou telle association parce qu’on leur demande une participation financière qu’ils sont incapables d’apporter ? Pourquoi refuser d’entendre les souffrances et les critiques de certains devant l’accueil qui leur est fait parfois ?

Et pourtant, la plupart du temps, il ne s’agit que du début d’un chemin vers la citoyenneté.

Quel chemin à parcourir pour éviter que ce sentiment domine l’échange au moment de l’inscription à l’aide alimentaire ? Tout ce qui permettra de mettre en confiance la personne reçue sera alors le bienvenu.

Quel chemin parcouru en effet, lorsque certains, dans les « rendez-vous citoyens », le « forum citoyen » ou les différents ateliers de travail initiés dans nos organisations, peuvent, sans honte et donc dans la confiance, parler avec d’autres de ce qu’ils ont connu et, parfois, continuent à connaître !

Quel chemin à parcourir encore pour passer de la honte, sentiment éminemment personnel, à la confiance retrouvée et à la reconnaissance d’une situation d’injustice collective ! Ce n’est qu’à partir de là qu’ils pourront agir comme citoyens.

C’est ce chemin difficile que nous empruntons tous et sur lequel nous nous accompagnons mutuellement.

Le Carrefour des solidarités

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